J'ai pardonné des erreurs presque impardonnables, j'ai essayé
de remplacer des personnes irremplaçables et oublier des personnes
inoubliables. J'ai agi par impulsion, j'ai été déçu par des gens que j'en
croyais incapables, mais j'ai déçu des gens aussi. J'ai tenu quelqu'un dans mes
bras pour le protéger. J'ai ri quand il ne fallait pas. Je me suis fait des
amis éternels. J'ai aimé et l'ai été en retour,
mais j'ai aussi été repoussé. J'ai été aimé et je n'ai pas su aimer. J'ai crié
et sauté de tant de joies, j'ai vécu d'amour et fait des promesses éternelles,
mais je me suis brisé le coeur, tant de fois! J'ai pleuré en écoutant de la
musique ou en regardant des photos. J'ai téléphoné juste pour entendre une
voix, je suis déjà tombé amoureux d'un sourire. J'ai déjà cru mourir par tant
de nostalgie et... J'ai eu peur de perdre quelqu'un de très spécial (que j'ai
fini par perdre)... Mais j'ai survécu! Et je vis encore ! Et la vie, je ne m'en
passe pas... Et toi non plus tu ne devrais pas t'en passer. Vis! Ce qui est
vraiment bon, c'est de se battre avec persuasion, embrasser la vie et vivre
avec passion, perdre avec classe et vaincre en osant, parce que le monde
appartient à celui qui ose et la vie c'est beaucoup trop pour être
insignifiant!
mercredi 26 décembre 2012
lundi 24 décembre 2012
L'absence
Pendant longtemps j’ai cru que l’absence est manque.
Et je déplorais, ignorant, ce manque.
Aujourd’hui je ne le déplore plus.
Il n’y a pas de manque dans l’absence.
L’absence est une présence en moi.
Et je la sens, blanche, si bien prise, blottie dans mes bras,
que je ris et danse et invente des exclamations joyeuses,
parce que l’absence, cette absence incorporée,
personne ne peut plus me la dérober.
Carlos Drummond de Andrade
dimanche 23 décembre 2012
La fin du monde
Ils sont montés sur un promontoire qui
domine l’océan. L’eau s’étend à leurs pieds à l’horizon, à l’infini. Le ciel
immense accueille ces étranges voyageurs, juchés sur un lingot d’or immense,
sculpté par les Mayas il y a bien longtemps, et abandonné là à la fin du monde.
Levant les yeux vers les nuages, ils revoient leur vie : formes et
couleurs au grès du vent qui murmure une ère nouvelle. Ils ont tout connu de la
vie. Enfants, ils ont joué à être plus grands et plus fort qu’ils ne le
seraient jamais, chevaliers dressés contre toutes les injustices d’un monde qui
s’effondrait. Ils ont mené la révolte, la révolution. Ils ont crié que l’amour
était plus fort que la haine, face aux matraques des soldats. L’amour. C’est
dans l’amour qu’ils ont jetés toutes leurs forces, jusqu’à l’épuisement. Ils
ont aimé comme on danse. Ils ont aimé comme on se bat. Ils ont aimé à corps perdu,
à perdre la raison. A travers leurs yeux, on voyait le feu de leur cœur, cette
ardente liberté qu’ils suivaient là où leurs pas les guidaient. Et un jour,
leurs pas les guidèrent vers la mer. Le monde s’écroulait, et ils savaient
qu’ils devaient préserver leur trésor, leur feu brûlant de vie. Voilà ce que
mes amis voyaient dans les nuages. Maintenant il n’y a plus de Terre. Nous
n’avons plus qu’un choix. Plonger dans les profondeurs des abysses. Ou
continuer à chercher dans le ciel l’éclaircie, les derniers rayons du Soleil.
Lady Chouette
dimanche 18 novembre 2012
Etty Hillesum
Pour humilier il faut être
deux. Celui qui humilie et celui qu’on veut humilier, mais surtout : celui
qui veut bien se laisser humilier. Si ce dernier fait défaut, en d’autres
termes si la partie passive est immunisée contre toute forme d’humiliation, les
humiliations infligées s’évanouissent en fumée. Ce qui reste, ce sont des
mesures vexatoires qui bouleversent la vie quotidienne, mais non cette
humiliation ou cette oppression qui accablent l’âme. Il faut éduquer les juifs
en ce sens. Ce matin en longeant à bicyclette le Stadionkade, je m’enchantais
du vaste horizon que l’on découvre aux lisières de la ville et je respirais l’air
frais que l’on ne nous a pas encore rationné. Partout, des pancartes
interdisaient aux juifs les petits chemins menant dans la nature. Mais
au-dessus de ce bout de route qui nous reste ouvert, le ciel s’étale tout
entier. On ne peut rien nous faire, vraiment rien. On peut nous rendre la vie
assez dure, nous dépouiller de certains bien matériels, nous enlever une
certaine liberté de mouvement tout extérieure, mais c’est nous-mêmes qui nous dépouillons
de nos meilleures forces par une attitude psychologique désastreuse. En nous
sentant persécutés, humiliés, opprimés. En éprouvant de la haine. En crânant
pour cacher notre peur. On a bien le droit d’être triste et abattu, de temps en
temps, par ce qu’on nous fait subir ; c’est humain et compréhensible. Et
pourtant, la vraie spoliation c’est nous-mêmes qui nous l’infligeons. Je trouve
la vie belle et je me sens libre. En moi des cieux se déploient aussi vastes
que le firmament. Je crois en Dieu et je crois en l’homme, j’ose le dire sans
fausse honte. La vie est difficile mais ce n’est pas grave. Il faut commencer
par « prendre au sérieux notre propre sérieux », le reste vient de
soi-même. Travailler à soi-même, ce n’est pas faire preuve d’idéalisme morbide.
Si la paix s’installe
un jour, elle ne pourra être authentique que si chaque individu fait d’abord la
paix en soi-même, extirpe tout sentiment de haine pour quelque race ou peuple
que ce soit, ou bien domine cette haine et la change en autre chose, peut-être
même à la longue en amour - ou est-ce trop demander ? C’est pourtant la seule
solution. Je pourrais continuer ainsi des pages entières. Ce petit morceau d’éternité
qu’on porte en soi, on peut l’épuiser en un mot aussi bien qu’en dix gros
traités. Je suis une femme heureuse et je chante les louanges de cette vie, oui
vous avez bien lu, en l’an de grâce 1942, la énième année de guerre.
Benjamin Fondane
C’est à vous que je parle, hommes
des antipodes,
je parle d’homme à homme,
avec le peu en moi qui demeure de
l’homme,
avec le peu de voix qui me reste au
gosier,
mon sang est sur les routes,
puisse-t-il, puisse-t-il
ne pas crier vengeance!
L’hallali est donné, les bêtes sont
traquées,
laissez-moi vous parler avec ces
mêmes mots
que nous eûmes en partage –
il reste peu d’intelligible!
Un jour viendra, c’est sûr, de la
soif apaisée,
nous serons au-delà du souvenir, la
mort
aura parachevé les travaux de la
haine,
je serai un bouquet d’orties sous
vos pieds,
– alors, eh bien, sachez que j’avais
un visage
comme vous. Une bouche qui priait,
comme vous.
Quand une poussière entrait, ou bien
un songe,
dans l’œil, cet œil pleurait un peu
de sel. Et quand
une épine mauvaise égratignait ma
peau,
il y coulait un sang aussi rouge que
le vôtre!
Certes, tout comme vous j’étais
cruel, j’avais soif
de tendresse, de puissance,
d’or, de plaisir et de douleur.
Tout comme vous j’étais méchant et
angoissé
solide dans la paix, ivre dans la
victoire,
et titubant, hagard, à l’heure de
l’échec!
Oui, j’ai été un homme comme les
autres hommes,
nourri de pain, de rêve, de
désespoir. Eh oui,
j’ai aimé, j’ai pleuré, j’ai haï,
j’ai souffert,
j’ai acheté des fleurs et je n’ai
pas toujours
payé mon terme. Le dimanche j’allais
à la campagne
pêcher, sous l’œil de Dieu, des
poissons irréels,
je me baignais dans la rivière
qui chantait dans les joncs et je
mangeais des frites
le soir. Après, après, je rentrais
me coucher
fatigué, le cœur las et plein de
solitude,
plein de pitié pour moi,
plein de pitié pour l’homme,
cherchant, cherchant en vain sur un
ventre de femme
cette paix impossible que nous
avions perdue
naguère, dans un grand verger ou
fleurissait
au centre, l’arbre de la vie…
J’ai lu comme vous tous les journaux
tous les bouquins,
et je n’ai rien compris au monde
et je n’ai rien compris à l’homme,
bien qu’il me soit souvent arrivé
d’affirmer le contraire.
Et quand la mort, la mort est venue,
peut-être
ai-je prétendu savoir ce qu’elle
était mais vrai,
je puis vous le dire à cette heure,
elle est entrée toute en mes yeux
étonnés,
étonnés de si peu comprendre –
avez-vous mieux compris que moi?
Et pourtant, non!
je n’étais pas un homme comme vous.
Vous n’êtes pas nés sur les routes,
personne n’a jeté à l’égout vos
petits
comme des chats encore sans yeux,
vous n’avez pas erré de cité en cité
traqués par les polices,
vous n’avez pas connu les désastres
à l’aube,
les wagons de bestiaux
et le sanglot amer de l’humiliation,
accusés d’un délit que vous n’avez
pas fait,
d’un meurtre dont il manque encore
le cadavre,
changeant de nom et de visage,
pour ne pas emporter un nom qu’on a
hué
un visage qui avait servi à tout le
monde
de crachoir!
Un jour viendra, sans doute, quand
le poème lu
se trouvera devant vos yeux. Il ne
demande
rien! Oubliez-le, oubliez-le! Ce
n’est
qu’un cri, qu’on ne peut pas mettre
dans un poème
parfait, avais-je donc le temps de
le finir?
Mais quand vous foulerez ce bouquet
d’orties
qui avait été moi, dans un autre
siècle,
en une histoire qui vous sera
périmée,
souvenez-vous seulement que j’étais
innocent
et que, tout comme vous, mortels de
ce jour-là,
j’avais eu, moi aussi, un visage
marqué
par la colère, par la pitié et la
joie,
un visage d’homme, tout simplement!
1942
dimanche 28 octobre 2012
Anna et Mr God
"C'est parce que je n'ai pas peur."
Voilà une réponse qu'il faut attraper au vol. Au vol, parce qu'elle touche à l'essentiel. Au vol, parce qu'elle coûte rudement cher, parce que pour ne pas avoir peur, il faut payer de confiance. Et ça, c'est un mot difficile à saisir. Lui aussi, il faut le prendre au vol, si l'on peut. Plus que de l'assurance, plus que de la sécurité, de la confiance. Qu'on soit ignorant ou savant ne fait rien à l'affaire. C'est le don par lequel on accepte de ne plus être au centre du monde, pour y mettre quelque chose ou quelqu'un.
Voilà une réponse qu'il faut attraper au vol. Au vol, parce qu'elle touche à l'essentiel. Au vol, parce qu'elle coûte rudement cher, parce que pour ne pas avoir peur, il faut payer de confiance. Et ça, c'est un mot difficile à saisir. Lui aussi, il faut le prendre au vol, si l'on peut. Plus que de l'assurance, plus que de la sécurité, de la confiance. Qu'on soit ignorant ou savant ne fait rien à l'affaire. C'est le don par lequel on accepte de ne plus être au centre du monde, pour y mettre quelque chose ou quelqu'un.
Sydney Hopkins
dimanche 21 octobre 2012
Tagore
Il me tarde de vous dire
les mots les plus profonds. Je n'ose pas; je crains votre rire.
C'est pourquoi je
me moque de moi-même et fais éclater mon secret en plaisanteries.
Je fais fi de ma
peine, de peur que vous n'en fassiez fi vous-même.
Il me tarde de vous
dire les mots les plus sincères; je n'ose pas; j'ai peur que vous ne les
croyiez pas.
Voilà pourquoi je
les déguise en mensonges, disant le contraire de ce que je pense.
Je fais paraître
absurde ma douleur, de peur que vous ne la traitiez d'absurde vous-même.
Il me tarde
d'employer pour vous les mots les plus précieux; mais je n'ose pas craignant de
n'être pas payé de retour.
C'est pourquoi je
vous donne des noms durs et me vante de mon insensibilité.
Je vous peine, de
peur que vous ne connaissiez jamais la peine.
Il me tarde d'être
assis silencieusement auprès de vous; mais je n'ose pas de peur que mes lèvres
ne trahissent mon coeur.
C'est pourquoi je
bavarde et je jase, cachant mon coeur derrière mes paroles.
Je traite durement
ma souffrance, de peur que vous ne la traitiez de même.
Il me tarde de
m'éloigner de vous; mais je n'ose pas, de peur que vous ne vous aperceviez de
ma lâcheté.
C'est pourquoi je
porte la tête haute et viens vers vous d'un air indifférent.
La provocation
constante de vos regards renouvelle à chaque instant ma douleur.
mercredi 10 octobre 2012
Lost
Everything had shattered. The fact that it was all still there - the walls and the chairs and the children's pictures on the walls - meant nothing. Every atom of it had been blasted apart and reconstituted in an instant, and its appearance of permanance and solidity was laughable; it would dissolve at a touch, for everything was suddenly tussie-thin and friable.
A Casual Vacancy, J.K. Rowling
vendredi 28 septembre 2012
Forrest Gump
“But
let me tell you this: sometimes at night, when I look up at the stars, an see
the whole sky jus laid out there, don't you think I ain't rememberin it all. I
still got dreams like anybody else, an ever so often, I am thinkin about how
things might of been. An then, all of a sudden, I'm forty, fifty, sixty years
ole, you know?
Well, so what? I may be a idiot, but most of the
time, anyway, I tried to do the right thing-- an dreams is jus dreams, ain't
they? So whatever else has happened, I am figgerin this: I can always look back
an say, at least I ain't led no hum-drum life.
You know what I mean?”
Forrest Gump
lundi 24 septembre 2012
Mais on aime...
« Adieu Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'on empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de ces deux êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelques fois : mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »
On ne badine pas avec l'amour (acte 2 scène V)
Alfred de Musset (1810-1857)
dimanche 23 septembre 2012
The Swan
- It's about a woman who's captured by an evil magician. And this woman,
this beautiful woman is forced to be a swan, except for a few hours every night,
when she becomes alive. When she becomes real again. And then, one night
she meets this young prince and he falls in love with her. And she realizes this
is the one thing that will allow her to become a real woman once more.
- So then what happens?
- He promises to marry her and goes off with someone
else, of course.
- So she has to be a swan for good?
- She dies.
- 'Cause
the prince didn't love her?
- Come
on. It's time to go. It's only a ghost story. Come on.
Billy Elliot
jeudi 20 septembre 2012
Pour se retrouver il faut parfois se perdre
Pour se retrouver il faut parfois se perdre
Tu prends le chemin
du vertige et oses creuser sans cesse
le champ
de ton imagination
après un horizon
de douleurs…
Et tu creuses aussi le temps
dans un tumulte sans fin
Tu prends le chemin
du vertige et oses creuser sans cesse
le champ
de ton imagination
après un horizon
de douleurs…
Et tu creuses aussi le temps
dans un tumulte sans fin
te perdant parfois
dans le labyrinthe
des jours…
Tu rencontres aussi
de nouvelles failles et
tes yeux s’inquiètent.
Il faudrait ôter
toute ta faiblesse
et ouvrir un nouveau chemin
avec les fenêtres ouvertes
sur ton âme.
La pierre éclate
sur ta bouche assoiffée
et tu avalas
des petits grains de poussières
modulant l’écho de ta voix
dans un silence lourd.
Tu regardas le ciel
déraciné par l’absence
de ciel.
Reste à savoir
où tu puiseras ta force
tes sentiments
et émotions
pour pouvoir exister
et créer
ce que tu n’oses pas !
Rosario Duarte da Costa
dans le labyrinthe
des jours…
Tu rencontres aussi
de nouvelles failles et
tes yeux s’inquiètent.
Il faudrait ôter
toute ta faiblesse
et ouvrir un nouveau chemin
avec les fenêtres ouvertes
sur ton âme.
La pierre éclate
sur ta bouche assoiffée
et tu avalas
des petits grains de poussières
modulant l’écho de ta voix
dans un silence lourd.
Tu regardas le ciel
déraciné par l’absence
de ciel.
Reste à savoir
où tu puiseras ta force
tes sentiments
et émotions
pour pouvoir exister
et créer
ce que tu n’oses pas !
Rosario Duarte da Costa
mercredi 19 septembre 2012
"Amies, frénétiquement"
"Il y a des personnes qui marquent nos vies, même si cela ne dure qu'un moment.
Et nous ne sommes plus les mêmes.
Le temps n'a pas d'importance mais certains moments en ont pour toujours."
Fern Bork
Et nous ne sommes plus les mêmes.
Le temps n'a pas d'importance mais certains moments en ont pour toujours."
Fern Bork
vendredi 14 septembre 2012
Let her know
"She may not be thinking about you every second of the day, but she will give you a part of her that she knows you can break - her heart. So don’t hurt her, don’t change her, don’t analyze and don’t expect more than she can give. Smile when she makes you happy, let her know when she makes you mad, and miss her when she’s not there."
Bob Marley
jeudi 13 septembre 2012
Happiness
"There is always something to be happy about. Truly happy. And if you have the audacity to find it and the courage to make it your focus, in spite of the countless temptations to dwell upon problems that don’t really exist, you will have learned well, your life will be transformed, and all things will be added unto you."
Mike Dooley
mardi 11 septembre 2012
"I love you"
“When I say, "I love you," it's not because I want you or because I can't have you. I love what you are, what you do, how you try. I've seen your kindness and your strength. I've seen the best and the worst of you.”
John Whendon
lundi 10 septembre 2012
Birds
“I have to remind myself that some birds aren't meant to be caged. Their feathers are just too bright. And when they fly away, the part of you that knows it was a sin to lock them up DOES rejoice. Still, the place you live in is that much more drab and empty that they're gone. I guess I just miss my friend.”
Stephen King
The NeverEnding story
“Ends are not bad things, they just mean that something else is about to begin. And there are many things that don't really end, anyway, they just begin again in a new way. Ends are not bad and many ends aren't really an ending; some things are never-ending.”
C. JoyBell C.
mardi 5 juin 2012
Abdulah Sidran
Nous aurions du nous rendre plus tôt à cette sage évidence :
Les yeux du fou s’emplissent à minuit d’une lumière terrible,
Un froid atroce règne dans ceux de l’aveugle ; dans les nôtres, ordinaires,
Se reflète et se décompose l’image commune du monde :
clair de lune, aboiements, peur, lassitude des sens,
bois sec et musique qui le fend…
Des mêmes mots nous avons donc construit ces demeures,
Nous avons dit plus ou moins la même chose, avec plus ou moins de bonheur,
Pétri la même pâte pour en faire le même pain d’amertume
Dont les oiseaux picorent les miettes sur les pelouses
Autours de nos isbas qui resplendissent dans l’obscurité,
Les fenêtres illuminées de plus ou moins d’amour.
Parfois seulement un loup solitaire vient se perdre dans ce regard.
Les soirées sont banales, nos conversations simples. Nous
Voici assis dans le jardin, sous la treille ou le cerisier,
A discuter de l’art d’aimer ou de notre triste métier. Vacille
La flamme de la bougie, tombent une feuille, un fruit desséché.
Nous sommes des poètes lyriques au visage crispé et le poème
Doit être en tout point exact, précis dans son expression –
N’est-ce pas ce que nous avons dit, mon cher Gabriel ?
Pourtant, il suffit d’un peu d’imagination pour que les choses
Dans un bruissement d’ailes reprennent leur place. On a dit :
« La chaise pleure l’arbre son ancêtre et sa forêt
Natale » - et nous n’y avions jamais pensé.
Sur cette chaise, je me suis assis, j’ai enfilé ma veste,
Mangé une pomme, non sans tendresse pour sa chaude
Couleur, son cœur, son destin. Mais il aurait fallu en premier lieu
L’inciter à mettre son âme de bois à l’écoute de mon corps
Puisque son existence est si cruelle.
Nous aurions du nous rendre plus tôt à cette sage évidence :
Les yeux du fou s’emplissent à minuit d’une lumière terrible,
Un froid atroce règne dans ceux de l’aveugle ; dans les nôtres, ordinaires,
Se reflète et se décompose l’image commune du monde.
Mais il faut cependant parler, chuchoter, même quand on est seul,
Se joindre doucement au cœur funeste de ceux
Qui, au-dessus du gouffre, ont poussé un cri dans le noir,
Qu’est-ce que cela, et ont franchi le pas sans attendre la réponse.
Federico García Lorca
“To burn with desire and keep quiet about it is the greatest punishment we can bring on ourselves.”
mardi 24 avril 2012
Jean de Bochère
Le son d’un mot n’est point sa chair.
Le saltimbanque au balancier n’est pas poète,
Mais plus arbitraire que la division du cadran d’heures
Plus Sorbonne que le système décimal.
Les jours où il n’y a pas à hurler
Il faut faire silence
Ou murmurer dans les anthologies
Ou croasser dans les théâtres
Devant mille monstres bêtes.
lundi 23 avril 2012
Jean-Paul Fargue
Quand tu vacilles au sommet du désespoir
Lorsque les larmes sont rebelles,
Lorsque les larmes sont taries,
Monte au-dessus des hommes.
Mais qu'est-ce qu'il a à monter tout le temps, riant et pleurant, ce monsieur rouge et noir?
Il a du chagrin.
Voilà. ça a eu le coeur élevé dans du coton,
Et ça souffre.
Donne un coup de pied! Il y a le sens, il faut le chercher
Comme on cherche un ressort secret.
Quand tu l'as trouvé
Tu marches sur toutes ces têtes en proue de systématiques,
Sur tous ces yeux de basse-cour,
Tu es sauvé!
Lorsque les larmes sont rebelles,
Lorsque les larmes sont taries,
Monte au-dessus des hommes.
Mais qu'est-ce qu'il a à monter tout le temps, riant et pleurant, ce monsieur rouge et noir?
Il a du chagrin.
Voilà. ça a eu le coeur élevé dans du coton,
Et ça souffre.
Donne un coup de pied! Il y a le sens, il faut le chercher
Comme on cherche un ressort secret.
Quand tu l'as trouvé
Tu marches sur toutes ces têtes en proue de systématiques,
Sur tous ces yeux de basse-cour,
Tu es sauvé!
mardi 17 avril 2012
Dritërio Agolli
Les fondations
Voici les fondations de ma maison d’hier,
Voici le vieux seuil de la porte d’entrée,
Plus qu’un seuil – une pierre.
De la maison que j’ai jadis quittée
L’herbe tendre a recouvert le seuil
Et inconnu dans mon enfance
Des pommiers au-dessus de l’herbe agitent leurs feuilles,
Les pommiers plantés en mon absence.
Mes vers de jeunesse sur des cahiers alignés
Dorment sous l’herbe avec la dalle.
Ils dorment, sur eux l’herbe a bien poussé
Et les fleurs des pommiers y laissent choir leurs pétales,
Quand la route me ramène dans ce coin
Les rêves de ces vers juvéniles se réveillent,
Papillonnent au-dessus des foins
Et avec l’herbe et les feuilles murmurent comme des abeilles…
Alors je parle tout seul et sous les arbres je m’assieds
Un brin d’herbe à la bouche :
Il est vrai qu’à la ville j’écris des poèmes volontiers
Mais je demeure un paysan farouche…
A cette source je ne rougis pas de me nourrir
Source de mes bons rêves,
Sur lesquels d’autres rêves j’ai pu bâtir,
De si beaux rêves…
lundi 16 avril 2012
Vlada Urosevic
Frissons
Elle se rêve au milieu d’une salle vide,
Fenêtres obscurcies pas des étoffes noires.
Des tubes au néon s’allument tout autour
Leur lumière est blanchâtre et trouble.
Elle s’aperçoit qu’elle n’a pas de vêtements.
Des papillons de nuit l’effleurent de leurs antennes.
Soudain l’étreinte de deux mains de pierre l’emprisonne
Des doigts de marbre commencent à la caresser.
Un cri, alors, de ses lèvres jaillit.
A cet instant, très loin, regard fixe, muettes,
Frissonnent de passion, sans que nul ne les voie,
Les statues d’hommes dans les musées obscurs.
jeudi 12 avril 2012
Longtemps j'ai marché
Longtemps j'ai marché sans sentir la douleur
Et puis sur le chemin, une pierre encore m'a fait tomber.
Combien de temps suis-je restée étendue au sol
dans la poussière?
J'ai perdu le compte des jours et des années.
Et puis cette main tendue.
Je me suis relevée
Et devant tous ces visages humains
Mes lèvres fatiguées ont réappris à sourire.
Et puis sur le chemin, une pierre encore m'a fait tomber.
Combien de temps suis-je restée étendue au sol
dans la poussière?
J'ai perdu le compte des jours et des années.
Et puis cette main tendue.
Je me suis relevée
Et devant tous ces visages humains
Mes lèvres fatiguées ont réappris à sourire.
Lola
Sourire vrai. Sourire rayonnant qu’on ne peut contenir. Sourire arraché et irrépressible. Sourire partagé.
Francisco Brines
La vérité de mon amour, sachez-la à présent :
la matière et le souffle s'unirent dans sa vie
comme la lumière se pose sur le miroir
(petite la lumière, le miroir minuscule)
c'était du hasard la création parfaite.
Un être en ordre croissait tout près de moi,
et rassérénait mon désordre.
J'aimai sa perfection limitée.
Issa Makhlouf
Partir
Nous partons pour nous éloigner du lieu qui nous a vu naître et voir l'autre versant du matin. Nous partons à la recherche de nos naissances improbables. Pour compléter nos alphabets. Pour charger l'adieu de promesses. Pour aller aussi loin que l'horizon, déchirant nos destins, éparpillant leurs pages avant de tomber, quelquefois, sur notre propre histoire dans d'autres livres.
Nous partons vers des destinées inconnues.Pour dire à ceux que nous avons croisés que nous reviendrons et que nous referons connaissance. Nous partons pour apprendre la langue des arbres qui, eux, ne partent guère. Pour lustrer le tintement des cloches dans les vallées saintes. A la recherche de dieux miséricordieux. Pour retirer aux étrangers le masque de l'exil. Pour confier aux passants que nous sommes, nous aussi, des passants, et que notre séjour est éphémère dans la mémoire et dans l'oubli. Loin des mères qui allument les cierges et réduisent la couche du temps à chaque fois qu'elles lèvent les mains vers le ciel.
Nous partons pour ne pas voir vieillir nos parents et ne pas lire leurs jours sur leur visage. Nous partons dans la distraction de vie gaspillées d'avance. Nous partons pour annoncer à ceux que nous aimons que nous aimons toujours, que notre émerveillement est plus fort que la distance et que les exils sont aussi doux et frais que les patries. Nous partons pour que, de retour chez nous un jour, nous nous rendions compte que nous sommes des exilés de nature, partout où nous sommes.
Nous partons pour abolir la nuance entre air et air, eau et eau, ciel et enfer. Riant du temps, nous contemplons désormais l'immensité. Devant nous, comme des enfants dissipés, les vagues sautillent pendant que la mer file entre deux bateaux. L'un en partance, l'autre en papier dans la main d'un petit.
Nous partons comme les clowns qui s'en vont de village en village, emmenant les animaux qui donnent aux enfants leur première leçon d'ennui. Nous partons pour tromper la mort, la laissant nous poursuivre de lieu en lieu. Et nous continuerons ainsi jusqu'à nous perdre, jusqu'à ne plus nous retrouver nous-mêmes là où nous allons, afin que jamais personne ne nous retrouve.
Nous partons pour nous éloigner du lieu qui nous a vu naître et voir l'autre versant du matin. Nous partons à la recherche de nos naissances improbables. Pour compléter nos alphabets. Pour charger l'adieu de promesses. Pour aller aussi loin que l'horizon, déchirant nos destins, éparpillant leurs pages avant de tomber, quelquefois, sur notre propre histoire dans d'autres livres.
Nous partons vers des destinées inconnues.Pour dire à ceux que nous avons croisés que nous reviendrons et que nous referons connaissance. Nous partons pour apprendre la langue des arbres qui, eux, ne partent guère. Pour lustrer le tintement des cloches dans les vallées saintes. A la recherche de dieux miséricordieux. Pour retirer aux étrangers le masque de l'exil. Pour confier aux passants que nous sommes, nous aussi, des passants, et que notre séjour est éphémère dans la mémoire et dans l'oubli. Loin des mères qui allument les cierges et réduisent la couche du temps à chaque fois qu'elles lèvent les mains vers le ciel.
Nous partons pour ne pas voir vieillir nos parents et ne pas lire leurs jours sur leur visage. Nous partons dans la distraction de vie gaspillées d'avance. Nous partons pour annoncer à ceux que nous aimons que nous aimons toujours, que notre émerveillement est plus fort que la distance et que les exils sont aussi doux et frais que les patries. Nous partons pour que, de retour chez nous un jour, nous nous rendions compte que nous sommes des exilés de nature, partout où nous sommes.
Nous partons pour abolir la nuance entre air et air, eau et eau, ciel et enfer. Riant du temps, nous contemplons désormais l'immensité. Devant nous, comme des enfants dissipés, les vagues sautillent pendant que la mer file entre deux bateaux. L'un en partance, l'autre en papier dans la main d'un petit.
Nous partons comme les clowns qui s'en vont de village en village, emmenant les animaux qui donnent aux enfants leur première leçon d'ennui. Nous partons pour tromper la mort, la laissant nous poursuivre de lieu en lieu. Et nous continuerons ainsi jusqu'à nous perdre, jusqu'à ne plus nous retrouver nous-mêmes là où nous allons, afin que jamais personne ne nous retrouve.
Oscar Milosz
Dans un pays d'enfance
Pourquoi m'as-tu souri dans la vieille lumière
Et pourquoi et comment m'avez-vous reconnu
Étrange fille aux archangéliques paupières,
Aux riantes, bleuies, soupirantes paupières,
Lierre de nuit d'été sur la lune des pierres ;
Et pourquoi et comment, n'ayant jamais connu
Ni mon visage, ni mon deuil, ni ma misère
Des jours m'as-tu soudainement reconnu
Tiède, musicale, brumeuse, pâle, chère,
Pour qui mourir dans la nuit grande de tes paupières?
- Mais le jour pleut sur le vide de tout.
vendredi 23 mars 2012
Jack Kerouac
I have lots of things to teach you now, in case we ever meet, concerning the message that was transmitted to me under a pine tree in North Carolina on a cold winter moonlit night. It said that Nothing Ever Happened, so don't worry. It's all like a dream. Everything is ecstasy, inside. We just don't know it because of our thinking-minds. But in our true blissful essence of mind is known that everything is alright forever and forever and forever. Close your eyes, let your hands and nerve-ends drop, stop breathing for 3 seconds, listen to the silence inside the illusion of the world, and you will remember the lesson you forgot, which was taught in immense milky way soft cloud innumerable worlds long ago and not even at all. It is all one vast awakened thing. I call it the golden eternity. It is perfect. We were never really born, we will never really die. It has nothing to do with the imaginary idea of a personal self, other selves, many selves everywhere: Self is only an idea, a mortal idea. That which passes into everything is one thing. It's a dream already ended. There's nothing to be afraid of and nothing to be glad about. I know this from staring at mountains months on end. They never show any expression, they are like empty space. Do you think the emptiness of space will ever crumble away? Mountains will crumble, but the emptiness of space, which is the one universal essence of mind, the vast awakenerhood, empty and awake, will never crumble away because it was never born.
vendredi 10 février 2012
Antonio Ramos Rosa
Une Voix
Je veux appartenir à la voûte obscure comme un amant désarmé,
devenir le souffle du silence sur les épaules des nuages.
Je veux adhérer à l'ombre des paroles du feuillage
et comprendre la terre dans la soie farouche du désir.
samedi 4 février 2012
Francis James
Elégie troisième
Ce pays a la fraicheur molle des bords des eaux.
Les chemins s’enfoncent obscurément, noirs de mousse,
Vers des épaisseurs bleues pleine d’ombre d’amour.
Le ciel est trop petit sur des arbres trop hauts.
C’est ici que je viens promener ma tristesse,
chez des amis et que, lentement, au soleil,
le long des fleurs je m’adoucis et je me traine.
Ils s’inquiètent de mon cœur et de sa peine,
Et je ne sais pas trop ce qu’il faut leur répondre.
Peut-être, quand je serai mort, un enfant doux
Se rappellera qu’il a vu passer dans l’allée
Un jeune homme, en chapeau de soleil, qui fumait
Sa pipe dans un matin d’Eté.
Et toi que j’ai quittée, tu ne m’auras pas vu,
Tu ne m’auras pas vu ici, songeant à toi
Et trainant mon ennui aussi grand que les bois…
Et d’ailleurs, toi non plus, tu ne comprendrais pas,
car je suis loin de toi et tu es loin de moi.
Je ne regrette pas ta bouche blanche et rose
Mais alors, pourquoi est-ce que je souffre encore ?
Si tu le sais, amie, arrive et dis-le-moi.
Dis-moi pourquoi, pourquoi lorsque je suis souffrant
Il semble que les arbres comme moi soient malades ?
Est-ce qu’ils mourront aussi en même temps que moi ?
Est-ce que le ciel mourra ? Est-ce que tu mourras ?
vendredi 3 février 2012
Hilmi Yavuz
Les exils de l’Orient
Le soir est la plus belle des histoires
S’il est bien raconté
Dans tout ce qui est vrai il y a un peu
De colère un peu d’épouvante
Dit une fable
Si le verre est fin plus fin est le vin
La vie, de la souffrance au rouge
La mort, de la tristesse au blanc
Et s’il vient une rose
Elle vient de cette séparation des routes
Absolument et en tout cas
L’exil que nous avons fondé de nos propres mains
Il n’y a pas de bannissement plus dur
Que nous vivions ou non
Décret pour l’espoir et pour l’automne
Daté de l’ère impériale de la rose :
Quoi que nous ayons aimé depuis aujourd’hui
Et quoi qu’il soit resté d’hier
Qu’il transforme la souffrance en rubis
Qu’il transforme la tristesse en diamant
Parce que le soir est la plus belle des histoires
S’il est bien raconté
jeudi 2 février 2012
Gulten Akin
Le Voyage d’hiver
Surgissant sans prévenir devant moi dans un jardin enneigé
Cette fleur d’un bleu tempête dont j’ignore le nom
Il suffit de me pencher pour qu’elle réapparaisse
Allongée de tout mon long sur la steppe
Dans le bleu du ciel
Le monde, lui et moi, nous deux
Nous sommes très jeunes encore plu jeunes
Notre sourire
A un goût d’école buissonnière
Est-ce le retour, un rêve, ou avons-nous vieilli
Cette fleur bleu tempête placée entre nous
Nous deux le monde et moi
Nous cessons de revenir
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