vendredi 10 février 2012

Antonio Ramos Rosa

Une Voix

Je veux appartenir à la voûte obscure comme un amant désarmé, 
devenir le souffle du silence sur les épaules des nuages.
Je veux adhérer à l'ombre des paroles du feuillage
et comprendre la terre dans la soie farouche du désir.

samedi 4 février 2012

Francis James

Elégie troisième


Ce pays a la fraicheur molle des bords des eaux.
Les chemins s’enfoncent obscurément, noirs de mousse,
Vers des épaisseurs bleues pleine d’ombre d’amour.
Le ciel est trop petit sur des arbres trop hauts.
C’est ici que je viens promener ma tristesse,
chez des amis et que, lentement, au soleil,
le long des fleurs je m’adoucis et je me traine.
Ils s’inquiètent de mon cœur et de sa peine,
Et je ne sais pas trop ce qu’il faut leur répondre.

Peut-être, quand je serai mort, un enfant doux
Se rappellera qu’il a vu passer dans l’allée
Un jeune homme, en chapeau de soleil, qui fumait
Sa pipe dans un matin d’Eté.

Et toi que j’ai quittée, tu ne m’auras pas vu,
Tu ne m’auras pas vu ici, songeant à toi
Et trainant mon ennui aussi grand que les bois…
Et d’ailleurs, toi non plus, tu ne comprendrais pas,
car je suis loin de toi et tu es loin de moi.
Je ne regrette pas ta bouche blanche et rose
Mais alors, pourquoi est-ce que je souffre encore ?

Si tu le sais, amie, arrive et dis-le-moi.
Dis-moi pourquoi, pourquoi lorsque je suis souffrant
Il semble que les arbres comme moi soient malades ?
Est-ce qu’ils mourront aussi en même temps que moi ?
Est-ce que le ciel mourra ? Est-ce que tu mourras ?

vendredi 3 février 2012

Hilmi Yavuz

Les exils de l’Orient

Le soir est la plus belle des histoires
                S’il est bien raconté

Dans tout ce qui est vrai il y a un peu
De colère un peu d’épouvante
Dit une fable
Si le verre est fin plus fin est le vin
La vie, de la souffrance au rouge
La mort, de la tristesse au blanc
Et s’il vient une rose
Elle vient de cette séparation des routes
                Absolument et en tout cas

L’exil que nous avons fondé de nos propres mains
Il n’y a pas de bannissement plus dur
Que nous vivions ou non
Décret pour l’espoir et pour l’automne
Daté de l’ère impériale de la rose :
Quoi que nous ayons aimé depuis aujourd’hui
Et quoi qu’il soit resté d’hier
Qu’il transforme la souffrance en rubis
Qu’il transforme la tristesse en diamant

Parce que le soir est la plus belle des histoires
S’il est bien raconté

jeudi 2 février 2012

Gulten Akin

Le Voyage d’hiver

Surgissant sans prévenir devant moi dans un jardin enneigé
Cette fleur d’un bleu tempête dont j’ignore le nom
Il suffit de me pencher pour qu’elle réapparaisse

Allongée de tout mon long sur la steppe
Dans le bleu du ciel
Le monde, lui et moi, nous deux
Nous sommes très jeunes encore plu jeunes
Notre sourire
A un goût d’école buissonnière

Est-ce le retour, un rêve, ou avons-nous vieilli
Cette fleur bleu tempête placée entre nous
Nous deux le monde et moi
Nous cessons de revenir

mercredi 1 février 2012

Athina Papadàki

L’éveillée des cieux


Je peux bien passer ma vie sans étudier la passion
Violente que j’éprouve même pour les malheurs.
J’aime ce qui préserve intact le noyau de sa blessure
Et m’appelle insatiablement,
Rien ne peut me guérir.
Mais d’où viennent mes habits
Pour devenir nuages sur la terre de chez moi,
Que les pas du mâle soient légers, quand par mes vertus
Souterraines
Le vent pèse de tout le feuillage des sons depuis les rossignols
Vers la montagne
Quand du printemps coupé en deux jaillit la camomille
Aux armes légères.
Chacun a sa propre taille aux Pâques des instants.
Je pose le pied ici et l’étincelle me mène ailleurs.
Lieux inconnus sans chasseurs
Et toutes choses alentour immorales comme la lumière.
L’éveillée des cieux, taille un mètre soixante.