mardi 31 janvier 2012

J. R.R. Tolkien

La route se poursuit inlassablement
Descendant de la porte où elle commençait.
Maintenant, loin en avant la route est parvenue.
Ey je dois suivre, si je le puis,
La poursuivant d’un pied las
Jusqu’à ce qu’elle rencontre quelque voie plus large
Où maints sentiers et courses se rencontrent.
Et où, alors. Je ne saurais le dire.

lundi 30 janvier 2012

Manyoshu

Le cerf qui s’unit
Au trèfle de l’automne
On dit
Qu’il n’engendre qu’un faon
Unique et ce faon
Mon garçon solitaire
Part pour un long voyage
De l’herbe en guise
D’oreiller.

dimanche 29 janvier 2012

Pierre de Ronsard

Je serais sous la terre, et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

samedi 28 janvier 2012

C. S. Lewis

Je ne sais, je ne sais
Ce qu’ensemble les humains se disent
Comment les amants, les amants se meurent
Et comment s’efface la jeunesse
                Je ne puis comprendre
                L’amour des mortels
                Pour leur terre, leur terre natale
                - Toute la terre leur appartient
Pourquoi prés d’une tombe ils pleurent
Une voix, un visage
Sans en accueillir jamais, jamais
D’autres
                Et moi, à l’apex
                Du cercle de la nuit
                En plein vol, jamais n’ai connu
                Plus forte ou plus faible lumière
Chagrin,  c’est ainsi qu’on le nomme
Cette coupe où mes lèvres
Hélas, de tous mes jours sans fin,
Jamais ne devront boire.

vendredi 27 janvier 2012

Takuboku Ishikawa


Une fois votre voix à fait vibrer
Les cordes de mon cœur
Dépassant ce que les hommes ont créé
Emportement de Pégase
Cri d’amour ensanglanté
Vitalité de la liberté
Ombre d’un esprit brillant

Les lumières d’or restent
Dans l’histoire
Les noms gravés s’abîment
Partout sur les collines
Les tombeaux – vestiges
De ce qu’on m’a appris
Je lève les yeux sur eux.

jeudi 26 janvier 2012

Yànnis Kondos

Tout ce qui peut être lune


Marchant dans la chaux je laisse
Des traces blanches.
(Un ange me surveille
Les yeux fermés.)
J’ai des rides et la cicatrice
D’un coup d’épée de cavalier. J’étais à pied,
Rudement à pied dans la bataille.
Je  regarde le paysage brûlé.
Les nuages et les étrangers.
Ou plutôt je hume les couleurs
Et les formes. Car ce coup d’épée
M’a presque détruit
La vue. Tout pour moi ressemble à la lune
Et les pierres sont comme elle, rondes.

mercredi 25 janvier 2012

Das Nibelungenlied

Uns wird in alten Erzählungen viel Wunderbares berichtet:
Von berühmten Helden, groβen Mühsal, von glücklichen Tagen
Und Festen, von Tränen und Klagen und von Kampf tapferer.
Männer könnt ihr jetzt Erstaunliches erfahren.

mardi 24 janvier 2012

Nikos-Alexis Aslanoglou

Ars poetica

Je veux que  le poème soit nuit, errance
Dans les rues isolées, des artères
Où la vie vient danser. Je veux
Qu’il soit combat, non pas musique dénouée
Mais passion d’exprimer en soi l’incohérence
Le désordre qui prendra feu si l’on ne joue pas
Le tout pour le tout

Tandis que les autres, indifférents, sûrs d’eux
Se gaspillent ou se préparent le soir
A mourir, toute la nuit je cherche des petits cailloux
Incorruptibles dans le monologue de chaque jour
Même très usées. Qu’ils brillent dans leur épaisse obscurité, maigres insectes
Hasardeux, que le sens tue
Et qu’abreuve le sentiment.

lundi 23 janvier 2012

Takis Sinopoulos

Rêve

J’étais alors sous la terre, marchant parmi les racines des arbres, les routes à l’infini, bitumées de lune blanche, mes souliers usés sur les pierres, mes mains usées sur les pierres et l’on n’entendait pas le moindre enfant réel dans ce pays de la mort à l’envers.

dimanche 22 janvier 2012

Novalis


Wenn nicht mehr Zahlen und Figuren
Sind Schlüssel aller Kreaturen
Wenn die, so singen oder küssen,
Mehr als die Tiefgelehrten wissen,
Wenn sich die Welt ins freye Leben
Und in die Welt wird zurück begeben,
Wenn dann sich wieder Licht und Schatten
Zu ächter Klarheit wieder gatten,
Und man in Mährchen und Gedichten
Erkennt die wahren Weltgeschichten,
Dann fliegt vor Einem geheimen Wort
Das ganze verkehrte Wesen fort.

samedi 21 janvier 2012

Jean-Baptiste Clément

Le temps des cerises


Quand nous en serons au temps des cerises,
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête.
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au coeur.
Quand nous en serons au temps des cerises,
Sifflera bien mieux le merle moqueur.

Mais il est bien court, le temps des cerises,
Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d'oreilles.
Cerises d'amour aux robes pareilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang.
Mais il est bien court le temps des cerises,
Pendants de corail qu'on cueille en rêvant.

Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d'amour
Evitez les belles.
Moi qui ne crains pas les peines cruelles,
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour.
Quand vous en serez au temps des cerises,
Vous aurez aussi des chagrins d'amour.

J'aimerai toujours le temps des cerises :
C'est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte,
Et dame Fortune, en m'étant offerte,
Ne saurait jamais calmer ma douleur.
J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur.

vendredi 20 janvier 2012

Edmond Rostand

Cyrano de Bergerac, Acte 5 scène 6

Philosophe, physicien,
Rimeur, bretteur, musicien,
Et voyageur aérien,
Grand riposteur du tac au tac,
Amant aussi, pas pour son bien !-
Ci-git Hercule-Savinien
De Cyrano de Bergerac
Qui fut tout, et qui ne fut rien.
...Mais je m'en vais, pardon, je ne peux faire attendre :
Vous voyez, le rayon de lune vient me prendre !

(il est retombé assis, les pleurs de Roxane le rappellent à la réalité, il la regarde, et caressant ses voiles :)
Je ne veux pas que vous pleuriez moins ce charmant,
Ce bon, ce beau Christian; mais je veux seulement
Que lorsque le grand froid aura pris mes vertèbres,
Vous donniez un sens double à ces voiles funèbres,
Et que son deuil sur vous devienne un peu mon deuil.


ROXANE
Je vous jure !...

CYRANO
Pas là! non! pas dans ce fauteuil!
-Ne me soutenez pas!-Personne!
Rien que l'arbre!
Elle vient. Je me sens déja botté de marbre,
-Ganté de plomb!
Oh! mais!...puisqu'elle est en chemin,
Je l'attendrai debout, et l'épée à la main!


ROXANE
Cyrano!

CYRANO
Je crois qu'elle regarde...
Qu'elle ose regarder mon nez, cette Camarde

(il lève son épée)
Que dites-vous?...C'est inutile?...Je le sais!
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès!
Non! non! c'est bien plus beau lorsque c'est inutile!
-Qu'est ce que c'est que tous ceux-là!-Vous êtes mille?
Ah! je vous reconnais, tous mes vieux ennemis!
Le Mensonge?

(il frappe de son épée le vide)
Tiens, tiens!-Ha! ha! les Compromis,
Les Préjugés, les Lâchetés!...
Que je pactise?
Jamais, jamais!-Ah! te voilà, toi, la Sottise!
-Je sais bien qu'à la fin vous me mettrez à bas;
N'importe : je me bats! je me bats! je me bats!
Oui, vous m'arrachez tout, le laurier et la rose!
Arrachez! Il ya malgré vous quelque chose
Que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J'emporte malgré vous,

(il s'élance l'épée haute)
et c'est...
(l'épée s'échappe de ses mains, il chancelle, tombe dans les bras de Le Bret et de Ragueneau)

ROXANE se penchant sur lui et lui baisant le front
C'est?...

CYRANO, rouvre les yeux, la reconnait et dit en souriant
Mon panache

jeudi 19 janvier 2012

Arthur Rimbaud

Ophélie


I
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or
II
O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
C'est que les vents tombant des grand monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;
C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits,
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;
C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible éffara ton oeil bleu !
III
- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

mercredi 18 janvier 2012

Guillaume Apollinaire

L'Adieu

J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens-t’en
Nous ne nous verrons plus sur cette terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends.

mardi 17 janvier 2012

Paul Celan

Eloge du lointain

Dans la source de tes yeux
Vivent les nasses des pêcheurs de la mer délirante.
Dans la source de tes yeux
La mer tient sa parole.

J’y jette,
Cœur qui a séjourné chez les humains,
Les vêtements que je portais et l’éclat d’un serment :

Plus noir au fond du noir, je suis plus nu.
Je ne suis, qu’une fois renégat, fidèle.
Je suis toi, quand je suis moi.

Dans la source de tes yeux
Je dérive et rêve de pillage.

Une nasse a capturé dans ses mailles une nasse :
Nous nous séparons enlacés.

Dans la source de tes yeux
Un pendu étrangle la corde.


lundi 16 janvier 2012

Pierre Reverdy

Quand la lampe n’est pas
Encore éteinte, quand le
Feu commence à pâlir et que le soleil se cache, il y
A quand même dans la rue
Des gens qui passent.

jeudi 12 janvier 2012

Henry David Thoreau

I went to the woods because I wished to live deliberately, to front only the essential facts of life, and see if I could not learn what it had to teach, and not, when I came to die, discover that I had not lived. I did not wish to live what was not life, living is so dear; nor did I wish to practise resignation, unless it was quite necessary. I wanted to live deep and suck out all the marrow of life, to live so sturdily and Spartan-like as to put to rout all that was not life, to cut a broad swath and shave close, to drive life into a corner, and reduce it to its lowest terms, and, if it proved to be mean, why then to get the whole and genuine meanness of it, and publish its meanness to the world; or if it were sublime, to know it by experience, and be able to give a true account of it in my next excursion.

mercredi 11 janvier 2012

Charles Baudelaire

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre ! 
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons ! 
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre, 
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons !


Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte ! 
Nous voulons, tant ce feu qui nous brûle le cerveau, 
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? 
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !

mercredi 4 janvier 2012

Abderrahman al-Abnoudi

Ma fenêtre ouverte au vent
Mes objets n'ont pas bougé... aucune paupière ne s'est ouverte
Personne ne m'a tiré par mon vêtement
Ni appelé par mon prénom
Comme autrefois
Malheur à la maison où les objets sont à la fois
gardiens et prisonniers
quand te reverrai-je printemps tué au fond de la vallée
l'eau douce et rouge quand coulera-t-elle dans les ruisseaux
quand le soleil aura-t-il un nom... un sens... une adresse?
un bruit qui remplit le vide du ciel
branche parmi les branches...!!